Le fleuve brillait sans bruit
Sous les lampadaires de pluie
Les rembardes du vieux pont
Gardaient le froid du béton
Les bateaux passaient très loin
Dans la fumée du matin
Et les journaux du kiosque fermés
Tournaient sur les pavés
Un harmonica fatigué
Montait du bord du quai
Quelques pas contre le vent
S'effaçaient lentement
Le pont où personne n'attend
Reste suspendu dans le vent
Comme une absence invisible
Au-dessus de la ville
Le pont où personne n'attend
Glisse encore dans le temps
Et les lumières du matin
S'éteignent le long du chemin
Tu portais un manteau sombre
Avec des gants couleur ombre
Le bruit léger de ton départ
Suivait les reflets du soir
Un dernier bus traversait
Les avenues mouillées
Et les vitres des cafés
Brillaient derrière la fumée
L'aube tombait sur la scène
Dans une lumière incertaine
Et les derniers feux rouges
Tremblaient dans l'air qui bouge
Le pont où personne n'attend
Traverse encore les passants
Comme un vertige magnifique
Sous les enseignes électriques
Le pont où personne n'attend
Habite les soirs de novembre
Et les nuages du réveil
Gardent la couleur du sommeil
Plus de voix contre les murs
Seulement le bruit des voitures
Et cette rivière en bas
Qui continue sans nous
Le pont où personne n'attend
Tombe encore dans le vent
Quand les premiers trains du nord
Traversent la brune du port
Le pont où personne n'attend
Reste ouvert dans mon sang
Comme une rue qu'on connaît
Mais où personne ne revient